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  • Le Zéro Carbon Records ou l’art de réinventer les tournées musicales

    Le Zéro Carbon Records ou l’art de réinventer les tournées musicales

    Du 27 mai au 14 juin 2023, les musiciens, Manu Louis et Sylvain Chauveau, réinventent le modèle de la tournée musicale en parcourant la Belgique à vélo. Intitulé Zéro Carbon Record, ce projet s’ancre dans le contexte de l’urgence écologique. Neuf concerts constellent leur trajet à vélo en complète autonomie. Le 27 mai 2023, jour J du départ de la tournée, ils se livrent à nous …

    Des questionnements en prise avec la situation écologique actuelle

    Représentations aux quatre coins du monde, voyages express des artistes en avion, surenchère des productions de spectacles, marketing permanent, scénographies ultra-consommatrices d’énergie, impact d’un numérique grandissant, l’industrie musicale se retrouve en proie à de nouveaux questionnements dans un contexte de crise écologique. Pendant longtemps pris dans la frénésie des tournées internationales, Manu Louis et Sylvain Chauveau ont un déclic pendant le confinement. Comme de nombreuses personnes, ils se réjouissent des bonnes nouvelles découlant d’une activité humaine plus raisonnable.

    “J’ai eu un nouveau déclic, de la gravité du problème écologique et j’ai commencé à réfléchir sur ce que collectivement on était en train de faire. Je me suis aperçu qu’en tant d’artiste, on était complètement dépendant, à toutes les étapes, des hydrocarbures. Je me suis rendu compte que cette façon de faire de la musique n’est plus viable. Au bout d’un moment, la question s’est posée avec Manu : sommes-nous condamnés à ça ? Y’a-t-il une porte de sortie ? ” nous partage Sylvain Chauveau.

    Au lendemain du confinement, ils décident de faire les choses autrement et de se lancer le défi : une tournée sans électricité, sans essence et sans émission de carbone.

    La guitare sur le porte-bagages

    Nait alors l’idée du Zéro Carbon Records, il s’agit d’une part d’envisager des tournées sans électricité et d’autre part de ne faire aucune production de disques ou de diffusion en ligne. Du 27 mai au 14 juin 2023, les artistes se lancent dans une tournée pilote. C’est aux côtés de leurs vélos chargés de leur matériel de tournée que les artistes expliquent leur démarche :

    “Notre conviction à tous les deux, c‘est que l’industrie musicale telle qu’elle est aujourd’hui va s’arrêter, soit par épuisement des ressources en métaux et en énergie qui la font tourner, soit parce qu’il y aura une prise de conscience du problème climatique de plus en plus aiguë et qu’on va décider de freiner sur les usages. Dans tous les cas, ça ne pourra plus continuer. Quand est-ce qu’on commence à se préparer à cela ? Nous, d’une certaine manière, on veut dire : commençons à se préparer à ça.”

    Ce choix constitue une nouvelle façon de se redécouvrir et de réinventer leur musique, en rien une limite. Manu Louis affirme que “c’est aussi le charme de se restreindre”, Sylvain ajoute que “c’est jouer le jeu de se réinventer”. Les musiciens partagent la scène en concert acoustique, l’occasion de créer un nouveau répertoire musical, sans amplification sonore ni lumière. Cela constitue un défi de taille pour ces adeptes de musique électronique. Deux guitares sèches, un harmonium, un mini banjo, quelques instruments de percussions, une valise de vêtements se trouvent dans la remorque à l’arrière d’un des vélos.

    Manu Louis à gauche, Sylvain Chauveau, à droite, le jour de leur départ le 27 mai 2023 à Bruxelles.

    La première exigence de ce modèle de tournée consiste à faire des concerts en jauge réduite. Les trajets à vélo impliquent également des distances moins grandes entre chaque lieu de représentation, l’occasion de faire des concerts dans des lieux parfois éloignés des programmations éclectiques des grandes villes. Les artistes parcourent entre 30 et 60 kilomètres par jour, leur tournée se compose de neuf étapes :

    Cette volonté zéro carbone ne se fait pas sans mal et les artistes ont conscience des limites de leurs ambitions, Manu affirme “Zéro carbone, c’est presque un idéal qu’on entrave constamment”. La communication sur les réseaux sociaux, la création d’un site, l’après-concert constituent autant de freins à une tournée 100% décarbonée et les artistes ne se revendiquent pas comme parfaits non plus. Cette tournée pilote constitue un défi tant technique que physique, Sylvain Chauveau ironise : “nous sommes comme des footballeurs qu’on envoie sur la lune”, insistant sur le challenge que constitue cette première.

    Une volonté de ré-imaginer l’industrie musicale

    Cette tournée s’ancre plus largement dans une façon de réinventer notre rapport à la musique dans une perspective écologique. Le Zéro Carbon Records s’érige en label, en imaginant de nouveaux discours et en se servant de nouveaux outils, ce label certifie une tournée décarbonée de la part des artistes qui en font parti.

    En dehors des tournées à vélo, c’est également à la production musicale que les artistes souhaitent s’attaquer, “faire des disques sans pétrole” affirment-ils. L’idée est de ne plus avoir de production matérielle ni de diffusion numérique, toujours dans une perspective écologique. En ne faisant que de la musique live, Manu et Sylvain souhaitent revenir à une industrie musicale soucieuse de l’environnement et plus proche du public.

    Les musiciens portent avec ambition ce projet qui se veut pérenne. L’idée de tournées à vélo et d’une musique décarbonée plaît également à d’autres artistes, conscients de l’urgence climatique. Une tournée labellisée Zéro Carbon Records est prévue pour mars 2024 avec l’artiste percussionniste Julian Sartorius. Beaucoup d’idées sont également en marche : partager des partitions afin de permettre la circulation de la musique sans pour autant que l’artiste ne se déplace, utiliser des vélos couchés pour de plus longues distances, jouer avec des artistes locaux ou encore partager les instruments de musique. Beaucoup d’idées qui donnent espoir quant à la résilience de l’industrie musicale …

    Retrouvez-les le 14 juin, ils partageront leur expérience autour d’une table ronde intitulée “ Avec zéro carbon, que reste-t-il ?” au BRASS, à Bruxelles.

    Vous pouvez suivre la tournée pilote Zéro Carbon Records sur Instagram et sur leur site.

    Le détail du trajet et des lieux de représentations :

    Départ le 27 mai de Bruxelles

    Gand, Trefpunt – 28 mai

    Mouscron, La Faune – 30 mai

    Lille, Maison folie de Moulins – 3 juin

    Tournai, Silex – 4 juin

    Liège – 9 juin

    Maastricht, Lutherse Kerk – 11 juin

    Hasselt, concert d’appartement – 12 juin

    Bruxelles, Le Brass – 14 juin

  • La jeunesse récompensée pour son engagement culturel durable

    La jeunesse récompensée pour son engagement culturel durable

    C’est aux côtés de la Ministre de la Jeunesse, Valérie Glatigny, que posaient fièrement les jeunes organisateurs du GreenFeel Festival le 9 mars dernier à Bruxelles. Récompensés pour leur engagement dans l’organisation du Festival écoresponsable de Fontaine-l’Evêque, ils ont été sélectionnés comme coup de cœur parmi 39 participants par le Service Jeunesse et le Forum des Jeunes, dans le cadre de l’Année européenne de la Jeunesse.

    La Ministre Valérie Glatigny (au centre) entourée des organisateurs du GreenFeel Festival

    Cette soirée, qui a eu lieu au Grand Hospice à Bruxelles, était un moment pour mettre en lumière les initiatives et l’engagement associatif de la jeune génération. Lors de cette rencontre, les jeunes ont pu assister à un spectacle organisé par le Bureau International Jeunesse (BIJ) de la compagnie VIVANTS!

    Le Greenfeel Festival a été récompensé d’un subside de 3000 euros afin de reconduire une nouvelle édition en septembre 2023 ! La valorisation de ce projet souligne l’attention portée sur ces initiatives qui forgeront le monde culturel de demain.

    Ce prix récompense plusieurs mois de dur labeur et couronne une première expérience engagée dans le monde de la culture :

    Forcément on était surpris de voir que notre initiative a été récompensée à cette échelle ! Ça fait plaisir et ça encourage !” – Jeune organisateur

    Un Festival durable qui souligne que la jeunesse a son mot à dire

    Ce festival, engagé et porté par de jeunes organisateurs de la Maison des Jeunes Case Départ, s’est démarqué par son identité écocitoyenne et s’est concrétisée par des actions sur le terrain, véritable laboratoire des festivals de demain.

    Ce Festival a eu lieu le 17 septembre 2022 à Fontaine-L’Évèque. Il a été entièrement organisé par un groupe de jeunes avec l’appui de Livia, coordinatrice et animatrice de la MJ. Elle souligne :

    Ce festival est novateur en ce sens qu’il est fait pour les jeunes et par les jeunes !”

    L’écologie est au cœur de l’identité du Greenfeel Festival, preuve d’un engagement de la part des jeunes organisateurs. Plusieurs initiatives durables ont été mises en place. L’utilisation de jetons en fécule de pomme de terre biodégradable a permis non seulement de réduire l’impact environnemental de l’événement mais aussi de sensibiliser le public à la valorisation d’échanges locaux. La présence de toilettes sèches a évité la consommation d’eau, une option végétarienne a été proposée afin de réduire l’impact carbone de l’alimentation, les déchets ont été réduits grâce à l’utilisation de gobelets réutilisables mais aussi via le remploi de matériaux pour la scénographie et la décoration du site. L’unique goodies du festival était une carte postale à planter avec le logo du festival et les T-shirts de l’équipe bénévole ont été sérigraphiés en amont pour réduire l’empreinte carbone, les festivaliers pouvaient également repartir chez eux avec un T-shirt estampillé aux couleurs du Festival, produit avec la même technique. Enfin, les acteurs locaux étaient impliqués dans la programmation : apiculteur, productrice de fruits et jus locaux, grainothèque, sans parler de la line-up musicale qui laissait place aux jeunes talents et découvertes.

    Ça faisait sens avec l’actualité environnementale, c’était aussi logique de travailler avec des gens du coin et puis ça rassemblait des gens autour d’un projet commun qui faisait sens !”

    Et cela a visiblement porté ses fruits comme le témoigne un des jeunes organisateurs : “On a adoré que ça plaise à autant de monde, on était surpris mais super contents” – un jeune bénévole.

    Cette organisation de neuf mois a été récompensée par une belle première édition le 17 septembre 2022, certes pluvieuse mais tout de même très joyeuse ! Les jeunes organisateurs ont pu profiter de leur travail en savourant une programmation variée (concerts de rap, acoustique, stand do-it-yourself, friperie…) aux côtés de leurs proches et des habitants du village !

    J’ai adoré rencontrer les artistes du groupe Les Krackheads, c’était cool aussi de pouvoir passer en coulisse et voir ce qu’il se passe derrière !” – un jeune bénévole

    Cet événement a été accompagné par EventChange concernant les ambitions durables et écoresponsables. Cette première expérience couronnée par ce prix promet une belle édition du Greenfeel Festival en septembre 2023 !

    Oui, on est très motivés pour une seconde édition, toujours dans le thème de l’écologie !”

  • Après les gobelets réemployables, place à la vaisselle !

    Après les gobelets réemployables, place à la vaisselle !

    Si la question de l’usage de gobelets réemployables lors d’événements ou de festivals est (presque¹) acquise partout en Belgique, il en va autrement concernant la vaisselle à proprement parler. Ce qui peut sembler être un poste logistique simple à aborder de prime abord se révèle plus compliqué qu’il n’y paraît à mettre en place. À travers cette petite marche à suivre nous allons voir comment intégrer assiettes et bols réemployables à votre événement.

    Les types de vaisselle : à boire et à manger

    Avant d’aborder la question de la vaisselle réemployable, il est intéressant de faire le point sur les différentes options qui existent et les avantages et inconvénients qui en découlent. 

    1. La vaisselle à usage unique
    • La vaisselle comestible est une piste intéressante qui permet d’éviter tous déchets supplémentaires mais qui peut s’avérer coûteuse et dont il faut bien vérifier la provenance.
    • La vaisselle dite “biodégradable” peut s’avérer intéressante mais il faut bien vérifier de quoi il s’agit réellement (attention au greenwashing et au cycle de fin de vie du matériau).
    • La vaisselle compostable est une bonne solution si elle est réellement compostée. Cela nécessite donc de vérifier le cycle de fin de vie des contenants en question.²
    • La vaisselle recyclable n’est intéressante que si elle est effectivement recyclée et donc valorisée sur le territoire de votre événement. 
    • La vaisselle jetable est à éviter le plus possible. Bien que les plastiques à usages uniques soient désormais interdits, il faut absolument éviter de créer des déchets supplémentaires.

    Si certaines solutions de vaisselle à usage unique peuvent sembler intéressantes, n’oublions pas que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Il est donc plus pertinent d’un point de vue environnemental de privilégier la pérennité des matériaux et donc de s’orienter vers des solutions de vaisselle lavable et réemployable comme décrites ci-dessous.

    1. La vaisselle réemployable
    • La vaisselle lavable (en dur) est la solution la plus écologique et la plus durable mais demande évidemment de s’intéresser à la difficile question logistique du stockage et du lavage (cfr plus bas).
    • La vaisselle lavable en plastique dur (Polypropylène : le même matériau que pour les gobelets réemployables) est aussi une solution intéressante car réemployable d’événement en événement mais demande aussi une certaine logistique et la mise en place de systèmes de caution.

    La mise en place

    Si les avancées en la matière se font graduellement, de plus en plus d’événements essaient des choses devenant ainsi des sources d’inspiration pour d’autres et documentant aussi ce qui fonctionne et ne fonctionne pas. Il est cependant important de retenir que chaque événement étant unique, la mise en place de vaisselle réemployable doit se faire au cas par cas en prenant en compte la localisation, le public, la jauge, les menus proposés et les spécificités de l’événement.

    NDLR : Nous aimerions attirer l’attention sur le fait que certains événements de par leur emplacement et site se prêtent plus facilement à la mise en place de vaisselle réemployable que d’autres. Il faut prendre en compte le type d’événement dans son contexte et tous les aspects économiques et organisationnels comme l’explique Mathieu Bogaerts de Brussels Major Events : “Il est aujourd’hui plus simple de mettre en place de la vaisselle réemployable sur un événement en site propre comme un festival fermé avec des bénévoles par exemple que lors d’une manifestation publique prenant place au cœur d’un centre urbain. Que ce soit en termes de restaurateurs (nombre fixe), de gestion des quantités de contenants ou de récupération de ceux-ci par exemple.

    Quelques exemples : 

    En Wallonie, le festival l’Amour en vers, déjà fortement impliqué dans une démarche durable, sert tous les repas du festival dans des contenants lavables durs et fonctionne avec un système de lavage en interne grâce à l’aide de bénévoles.

    Le festival LaSemo fonctionne avec de la vaisselle réemployable depuis 2021. Accueillant près de 30 000 festivaliers, le festival situé dans le parc d’Enghien loue l’ensemble des contenants auprès d’un fournisseur extérieur qui se charge aussi du nettoyage de ceux-ci. Ce changement à permis au festival de générer 2,8 fois moins de déchets organiques, sachant qu’il fonctionnait uniquement avec de la vaisselle compostable (jetée dans la fraction organique) avant 2021.

    A Bruxelles, un test financé par Bruxelles Environnement suite à un appel à projet “climat” a permis au BME de mettre en place de la vaisselle réemployable pour la première fois sur le site de Plaisirs d’Hiver lors de son édition 2023. Ce premier test a fonctionné avec 12 commerçants sur la place De Brouckère avec l’intention d’élargir celui-ci à 35 commerçants en 2024. La question épineuse qui doit encore être solutionnée pour BME est le coût humain qu’implique d’avoir du personnel de gardiennage pour les cautions et du personnel pour la récupération des contenants. Ils travaillent d’ailleurs avec leur fournisseur sur la mise en place de machines automatisées pour la récupération des contenants qui seraient affublés d’une puce RFID.

    En Flandre, le Paradise City Festival (près de 30 000 festivaliers en 2022) a mis de la vaisselle réemployable en place sur l’ensemble du site en 2022. Les 6800 contenants en polypropylène ont permis une baisse de 275kg de déchets résiduels³ par rapport aux années précédentes.

    Le Marché de Noël d’Anvers fonctionne aussi avec de la vaisselle réemployable en polypropylène depuis 2023. Les organisateurs ont pris le parti d’imposer ce mode de fonctionnement à l’ensemble des foodtrucks/restaurateurs présents sur le site. Le grand changement pour l’année prochaine “sera de fonctionner avec un point de collecte central pour récupérer la vaisselle. Ils se sont rendu compte que le fait de ramener les contenants auprès de chaque stand compliquait les choses et posait des questions d’un point de vue hygiène” explique Christophe Lampertz de Re-uz. 

    En France, les exemples aussi se multiplient (notamment depuis l’introduction de la nouvelle loi du 1er Janvier 2023⁴) : Le festival WE LOVE GREEN a décidé de faire un test avec 10 restaurateurs en attendant d’étendre le concept de leurs “menus 100% végé dans des contenants 100%” réemployables à l’ensemble des restaurateurs du festival l’année prochaine.

    Autre exemple avec une jauge plus réduite : le festival des Pluies de Juillet n’a pas attendu l’entrée en vigueur de la loi française pour mettre en place un système avec de la vaisselle traditionnelle et impliquer directement les festivaliers pour le lavage. Ainsi, chacun fait sa vaisselle permettant une réutilisation des contenants et une sensibilisation du public.

    En Suisse, le Paléo festival (300 000 festivaliers en 6 jours en 2022) est passé entièrement à la vaisselle réemployable en 2022. En matière de staff, cela implique 300 personnes dédiées au ramassage, lavage et remise en circulation des gobelets et éléments de vaisselle réemployable pour le plus grand festival de Suisse. Depuis 2022, c’est la location de la vaisselle réemployable qui a été privilégiée en attendant de tirer les conclusions de cette expérience à grande échelle. Le site Blick a d’ailleurs réalisé une petite vidéo sur les coulisses de la vaisselle au Paléo.

    Concrètement : 

    La mise en place de vaisselle réemployable (traditionnelle ou en plastique dur) demande de bien réfléchir en amont et de répondre à quelques questions⁵. 

    1. De quoi a-t-on besoin ?

    C’est la première étape de la mise en place de vaisselle réemployable sur votre événement. En fonction de la jauge de ce dernier, du type de nourriture servie et de la manière dont vous fonctionnez (prestataires extérieurs pour l’alimentation ou gestion interne), il est important d’évaluer les quantités de vaisselle dont vous avez besoin et aussi ce dont vous n’avez pas besoin.

    À partir de là, se pose la question du type de vaisselle utilisée : 

    • Que ce soit pour un catering artiste ou pour l’espace équipe/bénévole, ou même sur un événement de taille réduite⁶, vous pouvez plus facilement récupérer de la vaisselle traditionnelle en seconde main ou via des dons afin de l’utiliser lors de votre événement. Après, il faut envisager la question du lavage que nous aborderons plus bas.
    • Si pour des raisons de jauge, de quantité ou de sécurité, la vaisselle traditionnelle ne semble pas être une option viable, la vaisselle réemployable en plastique dur est la meilleure solution. 
    1. Acheter de la vaisselle ou louer ?

    Il devient véritablement intéressant d’acheter votre propre vaisselle (traditionnelle ou en plastique dur⁷) à partir du moment où vous en avez une utilisation régulière⁸. Si vous organisez un événement par an, il est préférable de la louer car l’achat implique aussi de gérer le stockage. Il est aussi important de privilégier la vaisselle non floquée car elle permet d’être réemployée lors de différents événements. Une bonne piste peut aussi être de co-financer un achat de vaisselle avec d’autres événements afin que celle-ci tourne un maximum en fonction des besoins de chacun, la rendant ainsi plus durable et demandant un investissement moindre.

    Aujourd’hui, de nombreuses entreprises proposent aussi la location de vaisselle traditionnelle et/ou en plastique dur (Polypropylène). Si l’offre pour la vaisselle en plastique dur en Belgique concerne encore principalement les gobelets, elle se développe peu à peu et de nouveaux partenaires potentiels voient le jour. De nombreux professionnels de l’HORECA et de l’événementiel proposent déjà, et depuis longtemps, de la vaisselle traditionnelle en location. Si le prix de ces dernières est souvent abordable, il faut faire attention aux cautions qui peuvent, à l’inverse, être chères.

    1. Et le lavage dans tout ça ?

    Si un événement de taille plus réduite peut plus facilement gérer le nettoyage de sa vaisselle, plus les jauges augmentent, plus il devient logistiquement compliqué de gérer sa vaisselle en interne. C’est pourquoi aujourd’hui, les fournisseurs de vaisselle proposent souvent de se charger du nettoyage de la vaisselle moyennant une compensation financière. Voici différents scénarios possibles : 

    • Vous possédez votre propre vaisselle (traditionnelle ou en polypropylène) :
      • Vous avez une jauge relativement réduite et elle est entièrement gérée par des bénévoles ou par les festivaliers (chacun nettoie son assiette comme aux Pluies de Juillet par exemple). L’avantage est que cela demande une équipe réduite de bénévoles, quelques stands de vaisselle et une signalétique adaptée.
      • Vous avez une jauge significative et décidez de gérer votre vaisselle en interne. Il vous faudra donc une équipe de bénévoles conséquente (exemple des 300 bénévoles dédiés uniquement à ce poste au Paléo Festival) et une véritable installation professionnelle de lavage (tunnels dédiés et tournantes d’équipes 24h/24).
      • Vous avez une jauge significative et décidez de déléguer le nettoyage de votre vaisselle vers des partenaires spécialisés. Vous devez avoir une équipe pour le ramassage, le comptage mais aussi prévoir suffisamment de quantités pour être certains de ne pas manquer de contenants pour tenir jusqu’à la fin de votre événement.
    • Vous louez la vaisselle (traditionnelle ou en polypropylène) auprès d’un fournisseur :
      • Celui-ci peut se charger du nettoyage de la vaisselle en échange d’une participation financière (pour la vaisselle en polypropylène il faut compter environ 10 centimes par contenant à nettoyer). Il faut alors prévoir des espaces de stockage sécurisés pour les caisses pleines de vaisselle propre et de vaisselle sale.
      • Vous pouvez vous charger vous même du nettoyage et cela implique de mettre en place une logistique adaptée avec des lave-vaisselles sur site et des bénévoles comme expliqué ci-dessus. 
    1. Un système de caution

    La vaisselle réemployable coûte cher (aussi bien à l’achat qu’à la location) et le système qui semble faire l’unanimité pour éviter d’en perdre est la mise en place de caution. Ainsi, le Paradise City Festival notait dans son rapport de l’édition 2022 une perte de 0,9% des contenants sur l’ensemble du festival. Le système en tant que tel n’est pas compliqué à mettre en place : 

    • Distribution de contenants aux restaurateurs/foodtrucks
    • Ajout du montant de la caution lors du paiement du plat (2€ par exemple)
    • Récupération des contenants à un endroit spécifique et retour de la caution au festivalier
    • Remboursement par les restaurateurs/foodtrucks de la caution aux organisateurs en fonction du nombre de contenants distribués

    Ce dernier demande cependant une bonne organisation et surtout une bonne communication avec l’ensemble des parties prenantes. C’est pourquoi il peut être intéressant d’inclure ce processus au sein des contrats et/ou d’une charte spécifique dédiée aux restaurateurs/foodtrucks en amont de l’événement.

    Un exemple type de mise en place

    Le Festival A, qui accueille 10 000 festivaliers par jour et une trentaine de foodtrucks/restaurateurs sur site, fonctionne avec de la vaisselle réemployable en polypropylène louée auprès d’un fournisseur. Chaque contenant coûte 15 centimes à la location auquel il faut rajouter 10 centimes de lavage. Le Festival A a mis sur pied une charte qui impose l’utilisation de ces contenants réemployables aux foodtrucks/restaurateurs présents lors de l’événement. Chaque foodtruck est contacté individuellement pour lui expliquer la marche à suivre et le sensibiliser aux effets positifs de ce dispositif. Ils ont aussi l’obligation de fournir (au besoin) des couverts compostables qui peuvent être jetés dans des composts⁹. Sur site, les foodtrucks se procurent des contenants auprès de l’organisation pour servir leurs plats au festivaliers. Les festivaliers s’acquittent du prix du plat ainsi que d’une caution de 2€ par contenant. Cette caution sera récupérée par le festivalier lorsqu’il ramènera son contenant vide au stand prévu à cet effet après avoir mangé. A la fin du festival les différents foodtrucks rembourseront les cautions perçues à l’organisation du festival pour chaque contenant distribué aux festivaliers. L’ensemble des contenants sales sont stockés dans un espace sécurisé, comptabilisés, puis renvoyés au fournisseur qui se charge (dans ce cas-ci) du nettoyage de ces derniers. Le Festival A fonctionne avec plusieurs tournantes de deux bénévoles pour assurer la récupération des contenants dans les deux stands prévus à cet effet et la distribution de contenants auprès des restaurateurs qui en auraient besoin.
    Cet exemple n’en est qu’un parmi tant d’autres et peut évidemment être adapté en fonction des besoins de chaque organisateur, de la taille de son événement et des différents prestataires et/ou fournisseurs étant parties prenantes. 

    Les conseils des pros – entretiens avec Christophe Lampertz de Re-Uz et Mathieu Bogaerts de BME

    Christophe Lampertz, de l’entreprise Re-Uz, a quelques conseils pour ceux qui souhaitent se lancer dans les gobelets ou la vaisselle réemployable : “Déjà, il faut s’y prendre à l’avance et surtout prendre le temps de le faire pour bien le faire. Les gens pensent souvent que c’est très simple à mettre en place mais il y a toute une logistique à prendre en considération. Il faut qu’ils contactent des spécialistes et qu’ils écoutent les conseils. Un exemple tout bête que je donne souvent c’est d’afficher les prix caution comprise. Cela facilite la vie des bénévoles et/ou restaurateurs qui servent la nourriture et les boissons. Un autre conseil pratique est de faire payer la caution à absolument tout le monde, c’est-à-dire le staff aussi. On se rend compte, suite à des essais avec des contenants de couleurs différentes pour les festivaliers et les bénévoles, que c’est lorsqu’il n’y a pas de caution qu’on dénombre des pertes de contenants. S’il n’y a pas de caution les gens ne respectent malheureusement pas le matériel.

    Pour Mathieu Bogaerts de BME : “Pour les gobelets, il faut arrêter d’avoir peur et de croire que c’est vraiment compliqué, si on trouve le bon partenaire ca roule tout seul. Pour ce qui est de la vaisselle réemployable on est encore en phase de test et il y a en effet plus d’implications mais de toute façon, tout ce que je peux conseiller aux gens et organisateurs c’est d’anticiper : soyez prêts parce que de toute façon ça va arriver.”

    Les partenaires et liens intéressants : 

    Gobelets et vaisselle réemployablesRe-Uzhttps://www.reuz.com/
    Gobelets réemployablesEcocuphttps://www.ecocup.be/fr/
    Gobelets réemployablesRekwuphttps://www.rekwup.be/
    Gobelets réemployablesBeeyohttps://beeyo.be/
    Gobelets réemployablesTibihttps://www.tibi.be/
    Gobelets réemployablesCharleroi Nature asblhttps://www.chana.be/?Services
    Gobelets réemployablesWakecuphttps://www.greenfunsolutions.be/fr/
    Gobelets et vaisselle réemployablesCup Concepthttps://cupconcept.com/be-fr/
    Gobelets réemployablesFesticuphttps://www.festicup.be/
    Gobelets réemployablesMake Your Cuphttps://www.makeyourcup.be/
    Gobelets réemployablesIpallehttps://www.ipalle.be/reduire-ses-dechets/location_gobelets_réemployables/
    Gobelets réemployablesEtacuphttp://www.etacup.be/
    Gobelets réemployablesGroupe La Lorrainehttps://www.lalorraine.org/fr/nettoyage/lavage-et-mise-a-disposition-de-gobelets-réemployables
    Gobelets réemployablesEcoverrehttps://www.ecoverre.com/
    Gobelets réemployablesBiopackhttps://www.biopack.be/fr/
    Gobelets réemployablesProvince de Liègehttps://www.provincedeliege.be/fr/node/15414
    Gobelets réemployablesIPIC Plastichttps://ipicplastic.be/fr/
    Gobelets réemployablesSappihttps://www.sappi.com/fr
    Gobelets réemployablesMj-musichttps://www.mj-music.be/gobelets-réemployables/
    Gobelets réemployablesLe guide qui rend ton évènement plus écocitoyenhttps://www.eventecocitoyen.be/nourriture-boissons/choix-gobelets-vaisselle-bouteilles/
    Gobelets réemployablesCupStackhttps://cupstack.nl/#
    Gobelets et vaisselle réemployablesCup&Morehttps://www.cupandmore.ch/de/miete
    VaisselleSaberthttps://www.sabert.eu/fr/
    VaisselleEcopoonhttps://www.ecopoon.be/fr/accueil.htm
    VaisselleAssiettes Comestibleshttps://www.assiettes-comestibles.com/
    Gobelets réemployablesNektohttps://www.nekto.be/lavage-de-gobelets-réemployables
    Contenants durablesMonousohttps://www.monouso.be/
    Contenants durablesFiesta Green
    Contenants réemployablesOuikithttps://www.zerowastefrance.org/wp-content/uploads/2017/05/diffusion-ouikit.pdf

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    ¹ Malgré la législation en place, certaines exceptions ont été accordées par les différents gouvernements belges concernant les gobelets réemployables, notamment pour ce qui est de “terminer les stocks de gobelets jetables encore existants”. Vous pourriez donc encore tomber sur des gobelets jetables lors de certains événements en 2023… De plus, comme le déplore Mathieu Bogaerts de BME : “Il n’y a absolument aucun contrôle de la part des autorités, il commence heureusement à avoir des attentes de la part du public ceci dit.
    ² Un exemple : le festival Esperanzah! en 2022 broyait les cartons/papiers et la vaisselle biodégradable sous forme de copeaux pour les réutiliser dans les toilettes sèches.
    ³ Soit l’équivalent de 740kg de CO2
    « La vaisselle jetable est interdite dans les établissements de restauration rapide servant plus de 20 couverts simultanément, pour tout ce qui est consommé sur place : les repas sont désormais servis dans de la vaisselle lavable et réemployable »
    ⁵ Le Collectif des Festivals (France) à d’ailleurs développé un flowchart en 2017 très intéressant et facile pour bien choisir  la vaisselle adaptée à son festival.
    ⁶ Ce qui est mis en place au festival “C’est pas d’la carotte” à Huy ou aux “Pluies de Juillet” en France par exemple.
    ⁷ Les contenants en plastique dur dédiés à la vente sont fabriqués en ABS et non en Polypropylène pour des raisons d’étanchéité des couvercles.
    ⁸ Par exemple, les gobelets doivent être utilisés environ 7 fois pour que le bénéfice écologique soit réel. Ils peuvent néanmoins être lavés jusqu’à 150 fois comme l’explique, notamment, cette vidéo du Collectif des Festivals.
    ⁹ La mise en place de couverts réemployables se heurte à des difficultés logistiques énormes pour les fournisseurs. “Notamment par le fait que ça représenterait des investissements gigantesques en matière de lave-vaisselles industriels qui sont tout à fait différents de ceux qu’on a déjà et pour lesquels on ne reçoit aucun subside aujourd’hui” explique Christophe Lampertz de Re-Uz.

  • [Vidéo] Penser la résilience écologique du secteur culturel par David Irle

    [Vidéo] Penser la résilience écologique du secteur culturel par David Irle

    Découvrez en vidéo la conférence présentée par David Irle lors du Forum de la Culture Durable qui s’est tenu au Delta à Namur le 22 novembre 2022.

    Retrouvez l’ensemble des ressources du Forum de la Culture Durable, dont les slides de cette conférence, ici.

    Stéphanie Lefevre a réalisé une infographie à propos de cette conférence :

  • Écologique, la culture? (BX1 – Mont des Arts)

    Écologique, la culture? (BX1 – Mont des Arts)

    À l’occasion de son émission “Mont des Arts”, BX1 (chaine de télévision locale de Bruxelles) a invité Vanessa Bebronne, Yvan Harcq du Théâtre National, Alexandre Caputo des Tanneurs et Noël Magis de Screen Brussels pour évoquer les ambitions écologiques et de transition du secteur culturel.

  • Empowork Culture : mutualiser les RH dans la culture

    Empowork Culture : mutualiser les RH dans la culture

    Née sur les bases d’un projet de mémoire, l’ASBL Empowork Culture entend mutualiser des emplois pour, notamment, lutter contre les contrats précaires, favoriser la qualité des emplois et le bien être au travail dans le secteur culturel. Rencontre avec Romain Boonen, pionnier du travail culturel de demain.

    C’est en travaillant, notamment comme ingénieur du son, que Romain se heurte au constat de la précarité des emplois dans le secteur musical et plus largement le secteur culturel. Plus grave encore, il réalise alors que cette précarité des métiers est largement admise et tacitement acceptée couverte par cette étiquette du “métier-passion”. Face à ce constat et en creusant ces questions, il identifie le fait que la majorité des structures culturelles manquent de vraies compétences managériales et de compétences en RH : “Quand je dis qu’il y a un manque de compétences, ce n’est pas une attaque envers les organisations, c’est aussi parce que c’est un système qui est conçu comme ça, qu’on a pas eu l’occasion de faire évoluer avec le temps et les organisations se retrouvent prisonnières de ce mode de fonctionnement aussi.”, explique Romain. Les organisations culturelles emploient ainsi beaucoup de personnes sous statut d’indépendants sans pouvoir garantir une véritable stabilité. Un système qui est conçu de la sorte par le fait qu’il a constamment été perpétué.

    Déprécariser les structures et les travailleur·euse·s

    C’est dans l’optique de pouvoir répondre à une telle problématique que Romain entame un Master en gestion à Solvay Business School (VUB). “C’était vraiment dans l’idée d’apprendre davantage comment les choses sont gérées dans les autres secteurs et comment on peut intégrer ces skills là chez nous.” De là et par le sujet de son mémoire, il s’intéresse donc à la question de la mutualisation. Dans un premier temps et suite à ses discussions avec Alex Stevens (Olakala, Alex Stevens Lab), il se penche sur les questions de mutualisation de matériel dans les festivals de taille réduite et moyenne. “Au départ la question de la mutualisation des ressources humaines n’était pas ce qui m’attirait le plus, mais quand je me suis rendu compte que quand on s’attaque à ce qui représente la source de précarité dans le secteur, on touche à la fois les structures et les travailleur·euse·s. En premier lieu, on s’attaque à la précarité des organisations, car il est difficile pour elles de maintenir une structure d’emploi sur plusieurs années, elles travaillent avec beaucoup de freelances et donc quand quelqu’un part on perd une partie des connaissances de l’organisation et il faut recréer ce savoir. Et ensuite du côté des travailleur·euse·s, qui sont souvent forcé·e·s d’être freelance c’est un facteur précarisant aussi.” 

    De cette question naît la réflexion autour de la question de mutualisation des ressources humaines permettant d’offrir des CDI stables aux personnes travaillant dans le secteur mais aussi en stabilisant les organisations. “Si on offre des contrats de longue durée en bonne et due forme aux travailleur·euse·s, ça les pousse à rester plus longtemps dans les organisations et, de facto, les savoirs restent au sein des structures et cela leur permet de se projeter à beaucoup plus long terme. Quand j’ai compris ce double angle d’attaque, je me suis dit qu’il y avait là quelque chose de fort intéressant.”, poursuit Romain.

    Adapter le modèle de groupement d’employeurs

    En allant voir ailleurs, Romain se rend compte que le modèle existe déjà. Non pas en Belgique dans le secteur culturel, mais dans d’autres secteurs. “Le principe du groupement d’employeurs consiste en une asbl qui a un seul objet social : engager du personnel et le mettre à disposition de ses membres.” Dans ce cas-ci les membres sont les organisations culturelles. Peu répandu en Belgique aujourd’hui, le modèle est notamment appliqué dans la bassin liégeois pour mutualiser des postes de comptables spécialisés pour les écoles par exemple.

    Romain Boonen est à l’initiative du projet Empowork Culture.
    Crédit photo : Dena Huys.

    Dans le cadre de son mémoire, Romain se penche donc sur l’analyse de quatre festivals belges de taille réduite¹ pour identifier les besoins en matière d’emploi et avoir une vue claire des postes à responsabilité des membres de l’équipe. “Beaucoup d’organisations n’ont pas de fiches de postes ou alors les responsabilités ne sont pas clairement définies. Il a donc fallu faire tout ce travail en amont et créer des fiches de postes pour tous ces travailleurs·euse·s dans le cadre du mémoire.” Si la démarche est intéressante c’est un travail qui ne doit pas être fait uniquement pour quatre festivals ayant lieu à la même période de l’année, mais pour une pléthore d’organisations afin de pouvoir donner du travail toute l’année. “Il est plus intéressant d’intégrer des organisations qui sont complémentaires. Ainsi par exemple avec une salle de spectacle qui a une programmation à l’année et des festivals qui ont un pic d’activité pendant l’été par exemple. Le but étant de s’assurer d’avoir des membres et des organisations qui peuvent employer des personnes à l’année.” 

    Du mémoire rendu, Romain décide de poursuivre l’aventure avec son asbl Empowork Culture et c’est donc ce même travail de création de fiches de postes que l’asbl s’apprête à recommencer à plus grande échelle aujourd’hui. Si le modèle pensé par Romain et son asbl s’applique à priori très bien au secteur musical, il est évident que la mutualisation est plus intéressante quand elle est intersectorielle. De plus, Romain souhaite créer un système qui soit structurant pour le secteur. “Si on souhaite avoir un maximum d’impact il faut une masse critique et ce n’est pas atteignable en se concentrant uniquement sur le secteur de la musique. C’est pour ça qu’aujourd’hui on lance directement le projet avec l’ambition de travailler dans l’ensemble du secteur culturel.” 

    Besoin de mise en place

    Le projet qui a germé il y a presque trois ans via un mémoire voit donc le jour aujourd’hui mais va encore demander du temps avant de pouvoir espérer être opérationnel. “Il y a un gros travail de mise en place, je pense d’au moins un an, qui doit être fait avant de pouvoir avoir un groupement d’employeurs effectif pour le secteur.” explique Romain. Il convient en effet de mettre tout le monde à la page, définir la mutualisation, expliquer les coûts au secteur, et bien identifier et cadrer tous les risques possibles. “Par exemple, à partir du moment où on partage des travailleur·euse·s entre organisations, si on ne met pas en place des outils pour estimer convenablement la charge de travail des postes en question, on risque d’avoir des problèmes de temps de travail qui impactent négativement les personnes engagées entre deux structures. Ca fait donc partie de l’ADN du projet, d’une part ce qu’on peut mettre en place pour améliorer les conditions de travail, la qualité de vie au travail, et d’autre part ce qu’on peut faire pour améliorer l’égalité des chances, car quand on regarde les équipes des structures culturelles aujourd’hui, elles sont souvent peu diversifiées. Et on est convaincu qu’en centralisant une partie des emplois culturels on peut mettre ces problématiques au cœur de notre action.” 

    Il faut améliorer nos conditions de travail, dégager du temps pour réfléchir aux vraies questions, à nos activités, à nos pratiques, notamment l’impact écologique du secteur.

    L’objectif pour Romain est dans un premier temps d’aller le plus loin possible dans la prévision du travail, dans l’estimation de la charge de travail pour les différents postes au sein des organisations. Car si le secteur est peut-être plus enclin à des imprévus et des coups de rushs que d’autres, Romain pense qu’il y a, dans un second temps, plein de choses à mettre en place pour être plus efficaces : “Aujourd’hui on a des conditions de travail pas très roses, une charge mentale très importante, il y a beaucoup de temps passé sur des tâches sur lesquelles l’humain n’a pas énormément de valeur ajoutée. Il faut améliorer nos conditions de travail, dégager du temps pour réfléchir aux vraies questions, à nos activités, à nos pratiques, notamment l’impact écologique du secteur. Il est impossible de se pencher sur ces questions si on est constamment le nez dans le guidon. On va donc automatiser une partie du travail, mettre en place des processus pour gagner du temps et donc mettre ces gains en productivité au service des conditions d’emploi. En mettant en place des outils pour aller plus vite et être plus efficaces on pourra réagir mieux et plus rapidement aux situations d’urgences mais surtout on pourra prévenir une majorité de ces urgences en étant plus systématiques et mieux préparés en amont.” Et cette mutualisation d’emplois pourrait s’appliquer au rôle d’éco-conseiller culturel²: “si on parvient à rassembler suffisamment de missions partielles pour créer des temps pleins à l’année. J’ai tendance à penser que l’IA³ pourra aussi nous aider là- dedans et assister les organisations dans leurs démarches de durabilité, tout en limitant les coûts associés. Ce que j’envisage le plus: une équipe d’éco-conseillers spécialisés dans l’utilisation de l’IA pour servir un plus grand nombre d’organisations culturelles à moindre coût. C’est de plus en plus la direction que prend le projet.” explique Romain.

    De par son modèle, Empowork Culture aborde donc différentes problématiques qui peuvent paraître éloignées de prime abord (précarité, diversité, écologie, etc.) mais qui se rejoignent et peuvent être solutionnées grâce à un groupement d’employeurs. Notamment par le fait qu’un tel groupement est une source très pertinente de récolte de données sur le secteur, sur les profils RH de celui-ci mais aussi sur la manière dont fonctionnent les organisations culturelles en Belgique. “Car à ce stade, même si certaines associations font un super travail pour récolter des données, comme Court-Circuit ou Scivias par exemple, on manque cruellement de données et le monde aujourd’hui tourne très fortement grâce aux données. On peut beaucoup plus difficilement défendre des visions d’avenir sans avoir de la data sur laquelle s’appuyer.

    Quelle suite concrète?

    Si le projet semble à priori cocher toutes les cases pour voir le jour, une étude de faisabilité d’un an, financée par Innoviris, vise à répondre à quatre grandes questions : 

    La première consiste à analyser les besoins en emplois de trente organisations culturelles. Quelle organisation à besoin de quelles compétences pour quels postes et à quels moments. De là sera construite une matrice pour pouvoir faire un maillage des postes et avoir une vision plus claire des besoins des organisations. 

    La deuxième sera de faire une analyse de l’égalité des chances et de la qualité de vie au travail. Il faut étudier la question et savoir ce qui est fait en Belgique et à l’étranger pour se positionner de manière pertinente sur cette question. 

    La troisième question consiste à cartographier les processus administratifs des organisations culturelles. Empowork Culture souhaite comprendre comment l’information circule entre chaque pôle de compétences au sein des différentes organisations culturelles, mieux comprendre les outils qu’ils emploient pour voir comment intégrer des formes d’automatisation.

    La dernière question abordée sera celle de la gouvernance de l’asbl Empowork Culture et du modèle économique. Ce qu’il faut mettre en place pour avoir une gouvernance adaptée à ce projet et ce qu’il faut pour être indépendant des subsides. 

    Il y aura ensuite d’autres réflexions à éclaircir concernant la question de la taille des structures qui vont intégrer le groupement d’employeurs, la communication entre les très grosses organisations et les petites, et aussi un processus de formation en matière d’efficacité pour les travailleur·euse·s du secteur. Notamment sur comment employer l’IA au niveau RH pour le secteur. Affaire à suivre donc d’une asbl pleine d’ambition avec un projet pertinent pour le secteur culturel qui (trop) souvent fait passer le bien-être au travail au second plan. 

    Retrouvez plus d’informations sur Empowork Culture sur leur profil Instagram.


    ¹ Bluebird, Fifty Lab, Micro Festival et Super Vue

    ² Notamment détaillé dans cet article

    ³ Par exemple avec un outil comme ChatGPT

  • Assemblée 2023 : Une im-Pulse-ion pour l’avenir du secteur

    Assemblée 2023 : Une im-Pulse-ion pour l’avenir du secteur

    Le 12 octobre 2023, EventChange a participé à l’Assemblée annuelle de Pulse Transitienetwerk, au Bronx à Bruxelles.

    Pulse est notre homologue flamand et vise à accélérer la durabilité des secteurs de la culture, de la jeunesse et des médias. Pulse connecte, soutient et inspire les organisations par le biais de réseaux, de rencontres, des safaris pratiques et d’outils méthodologiques.

    Chaque année, Pulse organise une journée de rencontre réservée à ses membres avec pour objectif de tisser des liens, de forger des collaborations, d’échanger pratiques inspirantes et expertise. EventChange était cette année invité dans le cadre du programme SamenDurable Regards croisés, culture et durabilité au-delà de la frontière linguistique.

    Photo de Monday Jr.

    Nous avons présenté le travail et les objectifs d’EventChange aux membres néerlandophones de Pulse, lors du Marché de la Transition / Transitiemarkt qui regroupait plusieurs tables rondes :

    Klara Festival : Klara Festival s’engage dans divers projets à impact social. Deux projets ont été présentés : Musikaa et Your Key. Musikaa est le rendez-vous musical annuel de Klara Festival à Molenbeek. Avec divers partenaires du quartier et par le biais de différentes traditions musicales, ce projet pluriannuel crée des liens entre les Molenbeekois et les non-Molenbeekois. Avec le projet Your Key, le Klarafestival, en collaboration avec des partenaires sociaux, offre chaque année à plusieurs centaines de personnes ayant des difficultés d’accès à la culture la possibilité d’assister à un concert classique.

    SamenDurable : SamenDurable a été récemment lancé par les réseaux culturels bruxellois RAB/BKO, La Concertation et les Musées de Bruxelles afin de soutenir les efforts des acteurs culturels bruxellois en matière de transition (climatique). Ils sont assistés de manière experte par Pulse et EventChange. À partir d’octobre 2023, ils ont entamé un processus d’ateliers, de moments de réseautage et d’information, de safaris pratiques et d’actions concrètes afin de créer un réseau d’apprentissage autour de thèmes concrets. SamenDurable suit les plans climatiques des différentes communes et de la Région et agit dans une perspective sociale.

    Eureca : Eureca ! est un outil de mesure en ligne permettant de cartographier les impacts environnementaux des productions cinématographiques, co-développé par le VAF (Vlaams Audioviosueel Fonds). Bien qu’Eureca soit destiné aux cinéastes, il est largement applicable : une production cinématographique n’est pas très différente d’un événement musical, d’un camp de jeunes ou d’une exposition, par exemple.

    KLJ : Le mouvement de jeunesse KLJ se trouve à un carrefour unique entre le secteur de la jeunesse et le secteur rural. KLJ représente la voix des enfants et des jeunes dans les zones rurales, confrontés aux incertitudes causées par la crise climatique ainsi qu’aux enjeux et défis actuels de ces zones. L’organisation essaie notamment de peser dans un débat alimentaire qui se dépolarise.

    Sur le temps de midi, nous avons dégusté un délicieux repas durable végétarien à base de produits locaux de saison, fourni par APUS et Les Cocottes Volantes.

    L’après-midi, les membres de Pulse ont pris part à trois tables de travail dont les thèmes ont été choisis par les participants sur base d’une enquête menée en amont.

    Alimentation et systèmes alimentaires

    Selon le site drawdown.org, la lutte contre le gaspillage alimentaire et l’adoption d’un régime alimentaire végétal sont deux des solutions les plus importantes pour lutter contre le changement climatique. La production et la consommation alimentaires ont donc un impact considérable, non seulement sur le plan écologique, mais aussi sur le plan économique et social ! Où pouvons-nous apporter notre pierre à l’édifice ? Comment notre réseau peut-il accélérer la transition alimentaire ?

    Expert : Lisa Van den Bossche (ILVO – Institut pour l’agriculture, la pêche et la recherche alimentaire)

    La décroissance : un nouvel objectif économique ?

    Notre modèle économique actuel est basé sur la croissance et la consommation (de masse). De plus en plus de voix s’élèvent pour demander que l’indicateur sacré qu’est le PNB soit détrôné et remplacé par un meilleur indicateur, tel que le “bonheur national brut”. Avec l’essor de l’économie du Donut, de l’économie du bien commun et du mouvement de la décroissance, de plus en plus d’alternatives s’offrent à nous et entrent dans le courant dominant. Sommes-nous en train d’adhérer à ces concepts ? Et qu’est-ce que cela signifie pour nos secteurs ?

    Expert : Robin Roels (Bureau européen de l’environnement, Degrowth Belgium, Catapa)

    Ensemble, nous allons de l’avant

    Le réseau Pulse existe maintenant depuis plus de 10 ans dans le but d’unir les forces. Chaque année, le réseau et son ambition grandissent. Dans le même temps, l’urgence de s’attaquer ensemble aux questions de durabilité s’accroît de jour en jour. Comment pouvons-nous mieux coopérer entre nous ? Comment nous organiser pour parler d’une seule voix ? Pouvons-nous évoluer vers une action (publique) collective ? Ces questions ne sont pas nouvelles et ont été posées à plusieurs reprises dans le passé. Peut-être le moment est-il venu de passer à l’action collective ? Pouvons-nous rêver d’un Green Deal Culture-Jeunesse-Médias ?

    Expert : Zanna Vanrenterghem (Greenpeace, Climate Coalition, ex-Climate Express)

    L’équipe de Pulse va maintenant travailler à transformer en actions concrètes les réflexions et résultats des tables rondes, comme en 2022. Cette concrétisation sera bientôt visible sur le site de Pulse afin de donner corps à cette journée riche en échanges et nouveaux engagements collectifs !